Fait le 17 janvier 2009,Mgr Robert LE GALL,Archevêque de Toulouse,Président de la Commission épiscopale de liturgie et pastorale sacramentelle (CELPS)
M. Jean HENRIC,Président de la Fédération Française des Petits Chanteurs (FFPC)
Introduction
[g]0.1. L'Église se réjouit de toutes les démarches éducatives ; elle voit en elles des contributions
au développement de l'homme. Elle sait par la foi que Dieu appelle les hommes à élargir leur
horizon trop souvent restreint aux aspects matériels, à apprendre à vivre entre eux la
communion, à la faire grandir.
L'objectif de cette charte
0.2. Dans les écoles de musique, les conservatoires, les classes aux horaires aménagés,
beaucoup d'enfants peuvent développer leurs aptitudes humaines et musicales.
Simultanément, l'Église est à l'initiative de manécanteries, d'écoles maîtrisiennes et autres
choeurs où les enfants ajoutent à l'apprentissage de la musique – du chant en particulier – la
découverte de la liturgie.
0.3. Sachant l'intérêt de beaucoup d'enfants pour l'expression musicale, et vocale en
particulier, constatant que le chant est éducatif, y compris pour la foi, l'Église veut inciter les
communautés chrétiennes à faire chanter les enfants. Ce texte concerne tous les groupes
d'enfants quel que soit leur effectif, qu'ils chantent à l'unisson ou en polyphonie.
0.4. Par ce texte, la Commission Épiscopale pour la Liturgie et la Pastorale Sacramentelle (qui
reconnaît comme partenaire pastoral la Fédération Française des Petits Chanteurs) veut
encourager l'éducation des enfants par le chant ; elle veut en montrer l'intérêt humain,
spirituel et pastoral ; elle souhaite aussi fournir des repères pour les personnes qui
les encadrent.
0.5. Le présent document ne reproduit pas les textes qui traitent de la liturgie, de la place qu'y
occupe le chant, de l'esprit qui conduit les chanteurs. Il invite à se reporter aux autres
documents officiels, dont la charte des chanteurs liturgiques.
1. Les enfants et leur éveil à la vie
Les éducateurs ont comme but essentiel d'accompagner les enfants dans leur éveil à la vie et
leur cheminement vers l'âge adulte. Cet éveil recouvre des aspects personnels et collectifs que
l'on va décrire séparément mais qui sont concomitants.
1.1. L'éveil à la conscience de soi
Le chant est une école de maîtrise : posture, souffle, production sonore. Quand il chante,
l'enfant doit d'abord écouter. Il apprend non seulement à coordonner son oreille et sa voix,
mais aussi ses gestes : par exemple, marcher au rythme d'une musique.
1.2. L'éveil à la vie de groupe
Quand les enfants chantent en choeur, ils apprennent à chanter en dialogue avec les autres, à
s'écouter mutuellement pour ajuster les quatre paramètres de la musique : hauteur, durée,
intensité et timbre. Ils comprennent que nul n'est autosuffisant : ainsi, un enfant assurant une
partie soliste reste choriste. De plus, l'esprit collectif conduit les enfants à respecter les
personnes, les objets et les lieux.
1.3. L'éveil à l'assiduité
Le chant, individuel ou en choeur, est une école de persévérance. Les chanteurs acceptent de
reprendre leur énoncé de nombreuses fois dans le but d'améliorer la couleur d'une voyelle, le
soutien du souffle, la dynamique d'une phrase. Dès que l'enfant appartient à un choeur –
comme à un orchestre ou à une équipe sportive –, il découvre qu'il doit y être présent
régulièrement, car le manque d'assiduité d'un seul déstabilise toute l'équipe. Rigueur, fidélité,
exigence deviennent des compagnons de route. Ainsi se développe chez l'enfant le goût
de l'effort.
1.4. L'éveil à la pluralité des musiques
Le chant en choeur est l'occasion pour l'enfant de découvrir des musiques très diverses par
leur époque, leur origine, leur genre : grégorien, baroque, classique, folklorique,
contemporain, etc. Se découvrir héritier d'une tradition plurielle enrichit l'enfant.
1.5. L'éveil à l'incommensurable
Alors que la société insiste sur l'importance des résultats mesurables et rentables, le chant est
un lieu d'ouverture à la gratuité, chemin possible vers la grâce. Tout art élève l'être humain
au-dessus de ses pesanteurs.
2. La voix des enfants
2.1. L'originalité de la voix des enfants
Historiquement, l'Église en était venue à faire chanter les enfants garçons pour disposer de
soprani et d'alti sans recourir aux voix féminines. Ce temps est passé. Les voix d'enfants –
garçons et filles – sont appréciées pour leur timbre et leur tessiture. De plus, le chant des
enfants crée chez les auditeurs une écoute plus attentive.
2.2. La tessiture
Les spécialistes recommandent de ne pas classer les enfants trop tôt dans les catégories
soprano/alto. En Catalogne, tous les enfants commencent comme soprani, et vers 12 ans,
deviennent alto pour former leur oreille et non pour des raisons de tessiture. Il n'y a pas de
raison de ne pas utiliser l'ambitus complet de la voix d'enfant qui est très étendu.
2.3. Les précautions
2.3.1. La voix de l'enfant, quand il chante, n'est pas plus fragile que celle de l'adulte.
En revanche, c'est la voix parlée qui se fatigue ; et, dans la vie quotidienne, un enfant
contrôle moins sa voix parlée ; de plus, un environnement bruyant ne l'y aide pas. Le
formateur lui apprendra à la contrôler et à la respecter, dans le quotidien, comme
un instrument.
2.3.2. La mue est une étape naturelle et non une maladie. Pour aider l'enfant pendant
sa mue, il faut le laisser chanter en respectant les possibilités vocales du moment, sans
imposer un arrêt complet. En effet, il est difficile pour certains d'accepter ce
changement, et l'arrêt peut provoquer des réactions néfastes, par exemple, cacher sa
mue et donc chanter dans un pupitre mal adapté. Des solutions transitoires seront
mises en oeuvre.
2.3.3. Parce qu'il est le mieux placé pour détecter un problème vocal aussi bien dans la
voix chantée que parlée, le chef de choeur a une responsabilité importante. S'il
soupçonne une pathologie, il incitera les parents à demander un avis médical ; sinon,
un travail vocal sérieux suffit à régler la plupart des problèmes techniques et
musicaux, parce que chanter correctement est curatif. On ne sous-estimera pas non
plus l'interraction entre fonctionnement vocal d'une part et posture et comportement
d'autre part.
2.3.4. L'appareil vocal de l'enfant ne peut avoir, vu sa taille, la puissance de celui de
l'adulte. Pour ne pas forcer la voix des enfants, le chef de choeur choisira
judicieusement son répertoire, l'accompagnement, ainsi que les lieux où chante le
choeur, le positionnement dans l'espace, la disposition des chanteurs.
2.3.5. Comme pour les choeurs d'adulte, on fera entendre autant qu'il est possible, la
voix nue, sans amplification. Cette voix est localisée et orientée.